Profitant de la rivalité qui fait rage entre plusieurs prétendants, le seigneur Jean de Bailleul devient roi des Écossais. Véridique, c’est bien l’aventure qui arriva à ce noble picard, dont un village du Vimeu porte toujours le nom… mais c’est au 13e siècle que cela se passa !
RECONNAISSANCE ET OPPORTUNITE
À cette époque, tirant parti de la mort sans héritier du roi d’Ecosse Alexandre III, le roi d’Angleterre Edouard Ier y imposa un régime de protectorat. Bientôt, quelques seigneurs écossais, qui se disputaient âprement le gouvernement de leur pays, prièrent le monarque anglais de leur choisir un nouveau souverain.
Dans le même temps Jean de Bailleul, lors d’un séjour Outre-Manche, s’était attiré les bonnes grâces d’Edouard par sa valeur et sa grande bravoure. Rusé, ce dernier vit là l’occasion de mettre fin aux incessantes querelles de ses vassaux autochtones. C’est ainsi qu’il offrit la couronne à notre gentilhomme français, à condition toutefois que celui-ci reconnaisse que son royaume relèverait de l’Angleterre. Trop heureux de cette offre pour en discuter le prix, le seigneur picard accepta avec empressement. Il quitta alors ses terres et son château-fort de Mons-Boubert où il était né, pour l’Ecosse. Là, il y reçut solennellement les attributs de sa nouvelle dignité tandis que ses nouveaux sujets lui prêtaient serment de fidélité.
Le bonheur dura trois ans. 
DECHU PAR EXCES D’AMOUR-PROPRE
Critiqué pour avoir rendu un jugement estimé trop clément à l’égard des meurtriers d’un comte écossais, John Baillol, de son nouveau nom, dut se rendre à la cour d’Angleterre pour s’en expliquer. Lors de son audience au tribunal, il s’estima traité en inférieur quand on l’obligea à rester debout. 
Jugeant cette préséance abusive, blessé dans son orgueil, il rompit son alliance avec celui qui l’avait amené sur le trône. S’étant alors placé sous la protection du roi de France Philippe le Bel, la guerre éclata. La défaite écossaise fut vite consommée. Battu, fait prisonnier, destitué, l’éphémère roi d’Écosse dut céder sa couronne. À qui ? Ironie du sort ! À l’écossais Robert Bruce, qui n’était autre que l’un des anciens prétendants !
Libéré, il rentra alors en France. Mais entre-temps, pensant ne jamais y revenir et surtout pour entretenir sa guerre, Jean de Bailleul avait vendu la plupart de ses biens à l’abbaye de Séry. Seul lui restait son château, dans lequel il quitta ce monde peu de temps après son retour.
J. Defretin

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