Mercredi 2 décembre 1959. Il est 21h13 exactement. Le barrage de Malpasset dans le Var, rempli à ras bord, cède sous la pression des eaux. Dans un fracas étourdissant, une vague de 40 m de haut et de 500 m de large déferle à plus de 70 km/h sur Fréjus à six kilomètres en contrebas…

Ce « tsunami «  dure plus d’une heure.
Malgré le déclenchement du plan ORSEC, on dénombre 423 morts dont 150 enfants et adolescents, 107 disparus, deux kilomètres et demi de voies ferrées arrachées, 951 immeubles touchés dont 155 entièrement détruits, le bétail noyé, la vigne et les vergers submergés…

Depuis des semaines, des pluies torrentielles se sont abattues sur la Côte d’Azur. Dans l’arrière-pays, les cors d’eau sortent de leur lit. Cette nuit là, le barrage de Malpasset barrant la vallée du Reyran petit fleuve côtier, d’une hauteur de 61m, ne peut résister aux masses d’eau qui affluent. Il craque.
Un flot de quelque 50 millions de mètres cubes d’eau s’engouffre dans la brèche et dévale vers Fréjus, qu’il atteint vingt minutes plus tard, ravageant tout sur son passage avant de se jeter dans la mer. Pendant des jours, la région est recouverte d’une épaisse couche de boue.
C’est la plus grande catastrophe du genre en France.

 restes des barrages vus de l’aval


Ce barrage de 60m de hauteur pour 220m de large, inauguré en 1954, permet de faire face aux crues et sert aussi de réservoir d’eau permettant d’irriguer les cultures dans une région où les pluies sont irrégulières.
Son concepteur, André Coin, ingénieur des Ponts et Chaussées, est le maître incontesté de la technique « barrage-voûte », plus harmonieux que le « barrage poids » et réputé pour son exceptionnelle solidité, la poussée de l’eau ne faisant que renforcer sa résistance. En 1953, il a reçu le grand prix d’architecture pour ses quelque 70 barrages construits dans 14 pays.  

Pourquoi ?
Aurait t-on pu éviter cette catastrophe ?
Plusieurs éléments « défavorables » l’expliquent en partie. Déjà, la résistance du barrage n’a jamais pu être testée, à cause d’une pluviométrie insuffisante et de problèmes d’expropriation. A cette époque, proche de là, se construit l’autoroute A8 reliant Nice à Aix en Provence et de fortes charges de dynamite sont utilisées pour niveler les terrains. La veille du drame, le gardien du barrage n’a pu ouvrir la vanne de délestage, malgré un niveau d’eau très élevé, car on coule le béton des piles du futur pont autoroutier. Enfin, autre ironie du sort, le gardien n’a pas pu prévenir de la rupture du barrage, les services téléphoniques étant paralysés… par une grève !
Pourtant, après plusieurs années d’enquête, d’expertises et de contre-expertises, ce n’est pas la conception elle-même du barrage, pourtant le plus mince d’Europe, qui fut mise en cause. Mais plutôt le choix de l’emplacement, la roche étant de qualité tout juste acceptable ; ce sont d’ailleurs les accotements de l’ouvrage qui ont lâché.
 
Alors… Fatalité ! Ce fut du moins ce que décida en 1967, après moult procédures, la Cour de Cassation, estimant que pour cette tragédie de Malpasset « aucune faute, à aucun stade, n’a été commise » !
Le 21 juillet 1960, sept mois après la catastrophe, on apprenait la disparition d’André Coin ! 
J. Defretin
 
Parti Pris Rétro 
Il y a 50 ans... Fréjus !
 

 

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