
Il y a 152 ans, le 12 août 1857, la panoplie des décorations militaires françaises, se garnissait d’un nouvel insigne, la médaille de Sainte-Hélène.
Une distinction assez peu connue mais que sûrement des Picards reçurent, et qui évoque tout naturellement l’empereur Napoléon Ier.
Et pourtant…
Cette petite et sobre médaille en bronze patiné, ceinte d’un tore de lauriers, surmontée de la couronne impériale sommée d’une petite croix, est portée par un ruban à bandes verticales alternées, 6 vertes et 5 rouges. Un style que l’on retrouve pour la Croix de Guerre 1914-1918.
L’avers comporte le profil droit de Napoléon. Au revers, ce texte « Campagnes de 1792 à 1815. A ses compagnons de gloire, sa dernière pensée, 5 mai 1821 »… le jour de la disparition sur le rocher perdu dans l’Atlantique de celui qui, pendant plus de 20 ans, fit trembler l’Europe !
A première vue, il vient à l’esprit que cette médaille, portant le nom de l’île sur laquelle les Anglais avaient exilé leur plus mortel ennemi, fut remise par l’illustre captif à quelques fidèles l’ayant accompagné dans sa lointaine geôle.
Il n’en est pourtant rien. Non seulement, c’est trente six ans après sa mort qu’elle vit le jour mais c’est à quelque 400 000 soldats de la Grande Armée qu’elle fut attribuée.
La preuve en est fournie par la précieuse documentation du Musée de la Légion d’honneur à Paris. « Ce n’est pas l’Aigle qui créa la décoration mais son neveu l’empereur Napoléon III ». Explication.
RECONNAISSANCE mais aussi… TACTIQUE ?
« Voulant honorer par une distinction spéciale les militaires ayant combattu sous les drapeaux de la France dans les Grandes Armées de 1792 à 1815, décrétons qu’une médaille commémorative soit donnée à tous les survivants français et étrangers »
Telle est en substance la teneur du décret signé par Napoléon III.
C’est le sculpteur Désiré-Albert Barre, graveur-général des Monnaies, qui la réalisa. Elle était présentée dans une boîte en carton, dont le couvercle garni d’un papier blanc glacé portait en relief l’Aigle Impérial et l’inscription « Aux compagnons de gloire de Napoléon 1er- Décret du 12 août 1857 ».
La première attribution eut lieu le 15 août 1857, jour anniversaire de la bataille d’Arcole et de la fête de l’impératrice Eugénie. Le récipiendaire recevait également un diplôme officiel, indiquant son nom et son grade ainsi que l'unité dans laquelle il avait servi. Le brevet portait aussi le timbre sec de la Grande Chancellerie de l'Ordre Impérial de la Légion d'Honneur et la signature du Grand Chancelier.
Le prince-président reconnaissait ainsi la valeur et le courage de ces anciens soldats, toujours voués au culte de « l’empereur ». Pourtant, la plupart de ces « demi-solde » comme on les appelait alors, vivaient dans l’oubli et même connaissaient souvent la misère. Une situation d’autant plus mal ressentie, qu’ils savaient que leur idole s’était montrée plus que reconnaissante à leur égard, en leur léguant la majorité de son immense fortune personnelle, estimée à quelque 200 millions de francs. Hélas pour eux, le 5 août 1818, une ordonnance du roi Louis XVIII, privait l’exilé de ses biens au profit du Trésor royal !
Il fallut attendre 1841, après le retour des Cendres, pour que le mécontentement commence à se faire réellement sentir. Lorsque, à l’initiative d’un ancien officier, Gaspard Lamy, naquit une association qui s’affubla du curieux nom de « Société philanthropique des débris de l’armée impériale ». Rapidement ses membres, sur l’uniforme desquels brillait souvent la Légion d’honneur, s’organisèrent, commencèrent à manifester, donnant de plus en plus un caractère politique à leur groupement.
C’est pourquoi, au travers son geste généreux, certains n’hésitent pas à penser que Napoléon III servait aussi sans doute ses propres intérêts.
Tactiquement, le 27 avril 1853, il avait déjà reconnu officiellement l’association, quatre ans avant de décerner cette médaille de Sainte-Hélène, qu’il assortit encore en 1869 d’une rente viagère de 250F.
Las ! l’année suivante, la capitulation de Sedan mettait fin à la seconde ère impériale.
Les « débris » s’enfermèrent à nouveau dans leurs seuls souvenirs, tandis que leurs rangs s’éclaircissaient doucement. En 1891, il ne restait que 34 médaillés dont plusieurs centenaires.
Et le 9 avril 1898, deux mois avant ses 105 ans, à Carisey dans l’Yonne, disparaissait Louis-Victor Baillot, le dernier survivant de Waterloo et le dernier fidèle au petit caporal !
J. Defretin
Source: documentation de Maître Haffringue, ancien huissier aujourd’hui décédé, qui fut maire adjoint d’Ailly sur Noye et passionné d’Histoire.
PARTI PRIS Rétro 4-19
La médaille de Sainte-Hélène décore les « débris »! 1/1 11.08.2009








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