Si la petite église en pierre de Neuville les Loeuilly, dans la vallée de la Selle, datant du milieu 18e siècle, se distingue déjà par ses deux patronymes, Notre-Dame ou Saint-Martin, elle abrite aussi en son chœur un remarquable tableau.

Un trésor artistique…

qui a son histoire mais, n’en déplaise à tous ses fans, n’évoque en rien le célèbre chanteur disparu prématurément mais toujours adulé par ses admirateurs.
Cette toile est en effet l’oeuvre d’un grand peintre du 17e siècle, Claude François, qui connut aussi à son temps la renommée mais qui, à l’âge de trente ans, entra dans les ordres sous le nom de Frère Luc.

LE MIRACULÉ
En 1614, un petit Claude naît à Amiens chez un riche drapier, Mathieu François.
Adolescent, le garçon, caractériel, s’accorde mal avec son père et se rebelle souvent contre l’autorité parentale. Un jour, à seize ans, passant outre l’interdiction paternelle, il emmène un cheval à l’abreuvoir sur les bords de la Somme. Il s’apprête à faire boire sa monture quand, soudain, la bête apeurée se cabre et tombe à l’eau, entraînant avec lui son cavalier. Par chance, le jeune Claude est repêché, inanimé, puis emmené toujours inconscient par sa mère à la Vierge Notre Dame de Foy dans la cathédrale. Miracle, le jeune garçon retrouve ses esprits ! Et il va même jusqu’à « promettre de ne plus se comporter en rebelle et jurer de se donner à Dieu ».

Et c’est vrai que tout de suite, il tient la première partie de sa promesse, en changeant radicalement de comportement. Il s’entend mieux avec son père, qui l’autorise, en 1632, à partir pour Paris chez le célèbre Simon Vouet, apprendre ce qu’il aime passionnément, la peinture. Là, l’un de ses condisciples s’appelle Pierre Mignard.
Deux ans après, le maître l’envoie se perfectionner à Rome où il rencontre un autre compatriote Nicolas Poussin. Tous deux, déjà auréolés d’une solide réputation, sont alors rappelés à la cour de France par le Roi Louis XIII.
En 1640, il ouvre son atelier près du Louvre, dans lequel il accueille sa mère devenue veuve. Infatigable, il peint alors pour tous les grands du Royaume et les dignitaires de l’Eglise.

FRERE LUC
Quatre ans plus tard, sa mère décède à son tour.
Plus rien ne le rattachant au monde et, voulant être fidèle à son serment de jeunesse, il entre chez les Frères mineurs Récollets du Faubourg Saint-Martin. A 30 ans, il devient moine !
Il choisit alors ce nouveau nom de Frère Luc, qui n’est autre que le saint patron des peintres, pour avoir réalisé plusieurs tableaux consacrés à la Vierge.
Devenu humble, refusant les honneurs, il doit pourtant par obéissance accepter le diaconat mais refuse la prêtrise que lui propose l’archevêque de Paris. Désormais, il ne peint surtout que des motifs religieux.
En 1670, il est envoyé au Québec reconstruire l’église du couvent des Récollets, laissé à l’abandon depuis l’incursion des Anglais. Car il a aussi un talent d’architecte. Il y reste quinze mois, pendant lesquels il exerce une grande influence dans la Nouvelle France et ne cesse de peindre pour le nouveau monastère. En particulier une Assomption de la Vierge.
A peine revenu, il repart cette fois au couvent de Sézanne près de Troyes pour lequel il peint aussi beaucoup, notamment une série de tableaux sur la vie de Saint-François d’Assise.
De retour dans la capitale, il continue d’embellir chapelles et églises, en particulier avec des rétables. Son dernier tableau connu « Notre-Dame du Rosaire » peint en 1680, agrémente la chapelle de l’hôpital parisien de la Salpêtrière.
Le 17 mai 1685, à l’âge de 71 ans, au couvent de l’Annonciation, il quitte ce monde, aussi discrètement qu’il a vécu.

 
Ses nombreuses œuvres sont disséminées dans plusieurs musées et autres monuments publics.
Dans sa Picardie natale, c’est ce tableau ornant l’église de Neuville les Loeuilly qui rend hommage à ce grand peintre trop méconnu du 17e siècle.
Sur la toile on voit l’évêque d’Amiens présentant à Notre-Dame de Foy un petit enfant mort, symbole de l’âme de Claude François. La Vierge étend son bras gauche sur le corps sans vie tout en regardant son fils Jésus, espérant que celui-ci le sauvera.
Derrière la Vierge, Frère Luc élève un tableau, immortalisant sa chute dans la Somme et sa conversion religieuse.
 
J. Defretin
 
Source et crédit photos : OT Vallée de la Selle
PARTI PRIS Rétro 3-21
Claude François était Picard ! 1/1  20.10.2009
 

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