
En juillet 1897, un tableau évoquant la pose de la première pierre d’une nouvelle église à Ailly sur Noye, arrive à Tours, dans le diocèse de Mgr Renou.
Pourquoi cette toile, commémorant un évènement picard, se retrouve t-elle ainsi dans un archevêché tourangeau? C’est une longue histoire…
Le 11 mai 1893, jour de l’Ascension, se pose la première pierre de la nouvelle église d’Ailly sur Noye. Une journée d’autant plus mémorable pour les Allysiens, attendant cet édifice depuis quelque 23 ans, qu’ils accueillent également leur nouvel évêque Mgr Renou, venant d’arriver dans son diocèse d’Amiens.
Un double évènement, qu’un peintre amiénois de l’époque David Riquier immortalisa … mais seulement trois ans plus tard.
Après avoir vécu moult péripéties, ce tableau coule désormais des jours paisibles dans le charmant bourg du Val de Noye.
Déjà, sa naissance ne manque pas d’originalité.
Car il s’agit en fait d’une œuvre d’imagination, l’artiste n’étant pas présent ce 11 mai 1893. Et il faut aussi que, trois ans plus tard, un commerçant amiénois M. Denamps lance une souscription populaire pour l’offrir en souvenir à l’évêque, après son départ pour son nouveau diocèse de Tours. Un Appel de fonds qui, à la clôture en octobre 1896, rapporte 3000F venant de 16000 souscripteurs.
C’est ainsi qu’en 1897, une délégation picarde amène ce tableau au prélat qui le fait mettre dans l’escalier de son archevêché. Il y demeurera jusqu’à son décès en 1920 puis… c’est l’inconnu.
Autre particularité de cette œuvre, sa conception, l’évêque étant curieusement représenté, abrité par le drapeau tricolore. Pourtant l’explication est simple. Ce jour-là, un soleil de plomb darde ses rayons et un porte étendard, estimant que la mitre ne protége pas suffisamment l’illustre représentant de l’Eglise, a cette bonne idée de lui cacher la tête. Une allégorie qui inspire sans doute l’évêque pour conclure ainsi son allocution « Mes biens chers frères, vous pourrez dire qu’au milieu d’un double enthousiasme religieux et patriotique, vous avez vu un Evêque français ombragé par les plis glorieux du drapeau national bénir la première pierre de votre nouvelle église. Il y a ainsi le symbole de deux amours qui s’appellent l’amour de Dieu et l’amour de la Patrie » !
Il faut rappeler que Mgr Renou avait été aumônier en 1870, du 88ème régiment de Mobiles de la Loire, dont une délégation était venue ce jour là avec son drapeau.
LES RETROUVAILLES
Après le décès de Mgr Renou, donc plus de trace du tableau. On peut naturellement penser qu’il fut d’abord confié à une communauté religieuse, qui l’aurait ensuite vendu.
Il faut alors attendre un heureux concours de circonstances pour que ce témoin du patrimoine allysien sorte de l’oubli.
Tout se déclenche en novembre 1987, lorsque la municipalité reçoit un courrier de M. Rivais, antiquaire parisien « J’ai admiré aux Puces un grand tableau provenant de l’église d’Ailly sur Noye. Il est daté de 1893 et j’aimerais avoir quelques précisions ».
Après plusieurs recherches, il s’avère qu’il s’agit bien de la toile de Riquier.
Enfin retrouvée, elle est alors mise en vente à la salle Drouot le 25 avril 1989 pour un prix de réserve de 120 000F mais ne trouve pas d’acquéreur. Bien que le coût soit tombé à 100 000F, la commune d’Ailly, intéressée, ne peut toujours pas se l’offrir seule et demande une aide financière au Conseil Général de la Somme. Celui-ci, ne disposant pas de ligne budgétaire du genre, suggère que le tableau soit acheté par le musée de Saint-Riquier et que ce dernier le mette ensuite à disposition d’Ailly sur Noye.
Ce qui se fait en 1990. Et, après une importante restauration pour effacer les outrages du temps, il trouve enfin sa place le 9 mai 1991 à l’hôtel de ville du bourg qui, à son temps, a inspiré sa création.
Quel destin agité pour un tableau pourrait-on dire ! Et on peut encore y ajouter quelques coïncidences qui marquèrent le cours de sa vie. D’abord, l’église d’Ailly sur Noye est placée sous le vocable de Saint-Martin et c’est à Tours, dont un évêque porta ce même nom, que la peinture débute son existence. Œuvre du peintre Riquier, c’est un musée portant ce même patronyme, qui l’achète un siècle plus tard.
Enfin, sa vie commencée dans l’escalier d’un archevêché tourangeau semblait devoir se terminer dans celui d’un hôtel de ville picard.
Eh bien, Non pas tout à fait ! Malgré son âge, notre tableau vient de s’offrir une dernière fugue. Mais que chacun se rassure, s’il a quitté la pénombre de son escalier, c’est pour trôner désormais en pleine clarté dans la salle du conseil municipal !
J. Defretin
Source : documentation de Maître Haffringue, huissier aujourd’hui décédé, qui fut maire adjoint et passionné d’histoire locale du Val de Noye.
PARTI PRIS Rétro 4-18
Ailly sur Noye : le destin mouvementé d’un tableau 1/1 20.07.2009








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