Qui oserait affirmer avec force n’avoir changé d’avis ? Qui aurait le front de soutenir n’avoir jamais changé d’opinion ? Et surtout qui, de nos politiciens de tous bords, élus, gouvernants, croirait-on s’il allait jusqu’à jurer ses grands Dieux n’avoir jamais « TOURNER CASAQUE » ?...

QUESACO ?
Au 17e siècle, on disait des soldats qui s’engageaient chez les mousquetaires du Roi, qu’ils « prenaient casaque ». Une expression venant du nom de la cape à larges manches dont ces militaires s’accoutraient. Et, tout naturellement, lorsque l’un d’entre eux quittait le service de Sa Majesté et qu’il troquait son uniforme pour un autre habit, l’on disait alors qu’il « laissait ou tournait casaque ».
Peu à peu, le bon sens populaire, affecta à cette tournure de langage le sens imagé d’un changement de camp, de parti, de point de vue. Ce qui donnera naissance plus tard à un dérivé « Changer de… comme de chemise ».

D’autres acceptions furent avancées sur l’origine de « Tourner casaque ».
Jadis, la mode voulait que l’on attribue systématiquement une explication historique aux locutions entrées dans le langage courant.
C’est ainsi que, selon le chroniqueur Leroux de Lincy, elle serait à imputer à Charles Emmanuel de Savoie, Prince de Piémont et gendre de Philippe II d’Espagne. Pétri d’ambition, ce qui exclut souvent tout scrupule, et désirant à tout prix régner, ce « grand » conclut de nombreuses alliances, variant au gré de ses intérêts, un jour d’un côté, une autre fois ailleurs. Et, comme ce seigneur portait souvent une casaque à deux couleurs, le blanc et le rouge, l’auteur n’eut qu’un pas à franchir pour affirmer que le noble arborait le côté blanc quand il s’alliait avec la France et le rouge lorsqu’il se rangeait du côté des Espagnols. Alors, réalité ou féconde imagination ? Difficile d’attester mais, quoi qu’il en soit, le cliché connut un vif succès... sauf pour celui qui l’avait généré car « le caméléon savoyard» ne coiffa jamais de couronne royale et quitta ce monde …toujours duc de Savoie !
Ce ne fut pas le cas pour Henri de Navarre qui, en abjurant le calvinisme en faveur du catholicisme, devint, lui, roi de France, quatrième du nom. Il est vrai que, si l’on en croit l’Histoire, le «Vert-Galant» justifia son renoncement en lançant son fameux «Paris vaut bien une messe». Ventre Saint-Gris !

Cette version piémontaise fut toutefois remise en cause en 1842 par Quitard qui y voyait plutôt une explication dans les guerres de religion. Comme les catholiques et les Réformistes portaient des casaques de couleur différente, celui qui voulait passer d’un camp à l’autre avait soin de mettre prudemment la sienne à l’envers quand il s’approchait des postes avancés, afin de se faire reconnaître et prouver qu’il ne se présentait pas en ennemi.

De leur côté, jouant sans doute sur la couleur souvent grise du manteau de ces mousquetaires, les ouvriers du livre avouaient avoir pris la casaque lorsque, un peu « gris » ils avaient forcé un peu trop sur la dive bouteille !
De nos jours, si on appelle casaque la veste portée par les jockeys sur les champs de course, il est sûr que ce n’est pas du vêtement des mousquetaires qu’elle provient, car ce professionnel des courses de chevaux n’apparut qu’au milieu du 19e siècle.

AUTRES TEMPS, AUTRES MŒURS !
D’autres habits remplacèrent peu à peu le justaucorps passé de mode, en particulier la veste. Toujours avec le même bon sens, la vox populi pérennisa bien vite l’ancienne expression par cette autre «RETOURNER SA VESTE». Il s’agit toujours bien sûr du même cliché, de quelqu’un qui change brusquement d’opinion ou de parti, reniant ses idées de la veille.
Une méthode de plus en plus courue de nos jours, chez les politiciens en particulier mais qui offre parfois bien des surprises. Que ces girouettes prennent garde en effet car, à trop souvent retourner leur veste, ils risquent d’en prendre ou d’en ramasser une, lorsqu’ils se présentent aux suffrages de leurs concitoyens !
Une image utilisée aussi par les joueurs de cartes qui, ne faisant aucune levée, prennent, disent-ils, une capote quand ce n’est pas une déculottée !

Enfin, plus moderne et aussi plus grivois, cet autre cliché « Virer sa cuti » s’adresse plutôt à ceux qui, taquinés par leur libido, modifient radicalement leur comportement sexuel ! 

ERRARE HUMANUM EST, PERSEVERARE DIABOLICUM !
Si la versatilité s’avère condamnable, l’entêtement ne l’est guère moins. C’est pourquoi, jeter la pierre à ceux qui ne restent pas toujours attachés à leurs idées, fidèles à leurs convictions, liés à un parti, n’est pas toujours la meilleur attitude.
Et n’y aurait-il pas au contraire chez eux quelque sagesse ou vertu à savoir changer ?
C’est du moins ce qu’affirment ces proverbes « Il n’y a que les fous ou les imbéciles qui ne changent pas d’avis » ou « Le sage change d’avis et le sot s’entête ».
Ce que confirma à son temps Clémenceau en lançant «L’homme absurde est celui qui ne change jamais». Il est vrai que le « tigre » était un fin politique !
Mais il ne faut pas pour autant se retrancher derrière cela pour jouer sans arrêt les caméléons ! Nos ancêtres l’avaient d’ailleurs bien compris quand ils proclamaient « S’IL EST DANS LA NATURE DE L’HOMME DE SE TROMPER, PERSEVERER EST DIABOLIQUE » !

J. Defretin
 
PARTI PRIS    Expression populaire  9-18
Tourner casaque 1/1 20.10.2009 


 

 

 

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