Récemment, on donnait le sens de la vieille expression populaire « Mettre ou dresser la table » qui s’appliquait jadis en l’absence d’un meuble fixe et que l’on retrouve encore pour une utilisation occasionnelle.

Mais encore faut-il ensuite la garnir… 

Une opération que l’on peut considérer déjà comprise dans la locution Mettre la table mais pour laquelle existe également cette autre expression « Mettre le couvert ».

Tout d’abord, malgré la consonance, il ne s’agit pas d’abriter toute cette vaisselle sous un toit, une verrière ou un parasol. L’explication, qui vaut ce qu’elle vaut, est plus lointaine.
De nos jours, mettre le couvert ne comporte guère de risque, si ce n’est une erreur de placement ou une éventuelle casse. Mais il n’en était pas de même dans le passé.
Si les manants devaient se contenter de modestes écuelles et gobelets, les monarques, princes et autres fortunés, garnissaient leurs tables avec de la belle vaisselle d’argent, d’or ou de vermeil. Un privilège qui n’était pas toujours exempt de danger, en particulier pour ceux qui détenaient le pouvoir. À l’époque en effet, la succession de ces puissants était le plus souvent héréditaire. De ce fait, les envieux et les impatients devaient attendre, contre leur gré, avant de monter à leur tour sur le trône, coiffer la couronne ou recevoir les biens. Une attente qui pouvait durer, voire s’éterniser pour peu que le nanti soit jeune ou jouisse d’une parfaite santé.
Cela donne forcément des idées ! Et ça peut même parfois pousser au crime !

SOUVIENS-TOI DE TE MÉFIER (proverbe grec)
En ce temps-là, point d’explosif ou de tireur d’élite pour forcer un peu la main au destin. Par contre, très répandu, le poison constituait une arme de choix. Discret, efficace, c’était un moyen radical d’envoyer le gêneur « ad patres ». Ce que plus tard, la vox populi désigna par « Donner le bouillon d’onze heures », sans doute pour imager la dernière heure de l’existence avant celle de minuit…l’heure du crime !
C’est pourquoi, afin d’éviter de succomber à l’arsenic, à la ciguë ou à tout autre expédient du genre, les « grands » faisaient habituellement enfermer leur vaisselle. Les serviteurs ne la sortaient qu’au moment de servir et, surtout, l’amenaient des cuisines à la table « à couvert » pour protéger leur contenu. En la distrayant ainsi d’un assassin en puissance, on évitait que sa main scélérate ne saupoudre les mets ou les breuvages d’une dose mortelle. Et, en plus, certaines têtes couronnées allaient même jusqu’à utiliser les services d’un « goûteur »… au cas où ! Méfiance est mère de sûreté a dit La Fontaine !

BON APPETIT QUAND MÊME !
De nos jours, il est rare de succomber à de tels empoisonnements.
Ce qui n’exclut pas que nos mets et boissons ne soient pas parfois dénaturés par un excès de produits agressifs tels les engrais, les colorants, les traitements ou autres substances. Quand ce n’est pas la viande d’un bovin devenu fou ou la chair d’un oiseau grippé !
Mais que cela ne vous gâche pas le plaisir d’un bon repas. Et si ensuite, content, repu et légèrement émoustillé, des pensées grivoises vous trottinent dans la tête, au risque de choquer ou d’offusquer de chastes et puritaines oreilles, vous pourrez toujours « Remettre le couvert ».
A moins que vous ne préfériez le « café du pauvre » !

J. Defretin
PARTI PRIS  Expression populaire 7-16
Mettre le couvert 1/1 01.07.2009 

 

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