Fin juin, le 30 à minuit exactement, il y aura huit ans que le glas sonnait pour notre Franc. Après deux siècles d’existence, non sans regret, ce brave serviteur montait au paradis des monnaies où l’attendaient ses ancêtres, le sol, la maille, le denier, le liard, la livre tournois et la grande famille des billets de banque !

Celui qui vit le jour le 17 germinal An XI (7 avril 1803) avec la Première République et qui pensait avoir retrouvé une seconde jeunesse, lorsqu’en 1960 on le rebaptisa « nouveau », cédait en effet sa place à l’EURO. Une nouvelle monnaie, unique pour les Etats membres de la toute récente Union Européenne et dont le nom s’imposa sur celui d’ECU, primitivement envisagé.
Entraient ainsi en circulation sept valeurs de billets se distinguant par la taille, la couleur, les motifs d’impression et huit pièces de calibres différents présentant une face commune européenne et l’autre à motif national.
Mais ces émissions, à part leur rédaction en Euro, n’eurent pas d’incidence sur les chèques et les cartes bancaires demeurant toujours un moyen de paiement très répandu. Rares en effet sont ceux qui, de nos jours, acquittent leur du, c’est d’ailleurs interdit pour un règlement important, en « ESPECES SONNANTES ET TREBUCHANTES » comme l’on disait autrefois.


Jadis, quand on payait en « espèces » c’est que l’on échangeait directement les objets et marchandises, que l’on pratiquait le troc, sans utiliser de monnaie. Une formule assez fréquente à cette époque et que l’on retrouve encore dans la locution  « Payer en nature », bien que cette dernière présente plus une connotation de « femme qui s’offre » !
Ce n’est qu’à la fin du 15e siècle que régler en espèces, s’affirma en tant que monnaie, les pièces et les billets utilisés constituant alors ce qu’on appelait aussi « l’argent liquide ». Ce qui inspira sans doute cet humoriste qui, aimant bien « lever le coude », lança un jour « l’argent liquide est fait pour être bu » !

DE BON ALOI !
Depuis toujours « battre monnaie » ou émettre des billets demeure le privilège des seules autorités souveraines, les châtiments les plus sévères étant promis aux contrefacteurs.
Mais naguère, malgré les risques qu’ils encouraient, assez nombreux étaient ceux qui n’hésitaient pas à écouler des pièces ne présentant ni le titre officiel ni le poids légal.
Pour se prémunir contre ces faussaires, nos aïeux ne disposaient que de faibles moyens, qu’ils considéraient pourtant comme infaillibles, pour vérifier la qualité des pièces d’argent ou en or.
Un premier procédé consistait à frapper la pièce sur une surface dure, souvent un coin de table, afin « d’ouïr le doux son cristallin » que seuls savent procurer ces métaux précieux. Mais, faire tintinnabuler ainsi deniers parisis ou tournois, écus et autres louis, nécessitait quand même une oreille fine et exercée.
Une seconde possibilité, plus crédible sûrement, d’obtenir l’assurance de l’authenticité d’une pièce, obligeait à la peser sur un « trébuchet », une balance de faible taille mais d’une grande précision. Très sensible, ce peson pouvait donner le poids exact de piécettes ne dépassant pas parfois quelques milligrammes. Afin de compenser la freinte due à l’usure, les pièces recevaient lors de leur fabrication un petit excédent de métal appelé « trébuchant ».
Le bon sens populaire adopta alors tout naturellement cette expression « espèces sonnantes et trébuchantes » pour s’assurer de leur « bon aloi », un vocable à l’origine du mot alliage.

GARE AUX CLONES !
De nos jours, la locution apparaît bien désuète car il est certes plus difficile de passer outre l’interdiction de contrefaçon (quoique !).
La piètre ou modeste valeur de nos pièces ne mérite sans doute plus qu’on se livre à de telles simagrées. Ce qui n’exclut pas pour autant d’en voir circuler de fausses, parfois aussi belles que les pures !
Quant aux billets, c’est une toute autre affaire. Malgré les assurances formelles données lors de nouvelles émissions sur l’impossibilité d’une quelconque falsification, on ne tarde pas à trouver de fausses coupures dans nos portefeuilles, toutes imitées au mieux les unes que les autres.
Bien sûr, l’Etat se donne bonne conscience en nous suggérant des moyens de vérifier qu’il s’agit bien de billets sortis des presses officielles. Il faut, nous assure t-on, froisser le papier (non pas le vexer !) pour l’entendre bien craquer sous la main. De même, il ne faut surtout pas omettre de vérifier la coloration, le filigrane… Facile à dire !
En plus, si par malheur on vous a « refilé » un faux, tant pis pour vous. Et ne vous avisez surtout pas de vous en débarrasser de la même façon, c’est vous qui deviendriez le coupable !
Alors, pour ne pas « être le dindon de la farce », il ne nous reste, mais ce n’est guère très moral et au moins aussi risqué, qu’à « payer en monnaie de singe ».
Mais ceci est une autre histoire !

J. Defretin

Espèces sonnantes et trébuchantes 1/1                    Juin 2008

 

 

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