
Depuis toujours, la rose fut prisée des dames. Les aèdes, troubadours, trouvères et autres poètes de jadis ou de naguère, ne s’y trompèrent point d’ailleurs, en lui dédiant quelques uns de leurs plus jolis vers.
Qui ne se souvient…
de la douce invitation au 16e siècle de Pierre de Ronsard dans son « Ode à Cassandre « Mignonne, allons voir si la rose… » ?
De la même époque, reste gravée dans les mémoires, cette touchante oraison de François de Malherbe dans sa « Consolation à Monsieur du Périer à la mort de sa fille :
« … Mais elle était du monde où les plus belles choses
Ont le pire destin
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses
L’espace d’un matin… »
Un immortel éloge que certains contestent pourtant en affirmant qu’il ne serait que le fruit d’une erreur de graphie. D’après eux, l’auteur, qui voulait citer « Et Rosette a vécu… » aurait écrit ce prénom sans barres aux « t » entraînant cette impression avec deux « l » » « Et Rose elle a vécu… ».
Si c’est le cas, et ce n’est pas prouvé, on ne peut que se féliciter de cette bévue qui nous laissa ces vers inoubliables !
La rose n’est pas en reste avec l’histoire.
Au 13e siècle, apparut ainsi « Le roman de la Rose », célèbre poème en langue d’oil, oeuvre médiévale allégorique d'orientation profane, commencée par Guillaume de Lorris et poursuivie par Jean de Meung. A la fois récit d'un songe et d'une quête amoureuse, ce texte s'inscrit dans une tendance à la théorisation de l'amour.
Deux siècles plus tard, pendant trente ans, la « Guerre des deux roses » déchira deux familles princières anglaises : les Lancaster arborant une fleur rouge et les York une blanche. Un heureux mariage réconcilia enfin les deux camps, permettant à la cour anglaise d’arborer la rose aux deux couleurs !
En 1942, en Allemagne, un parti se créa, « La rose blanche » pour tenter de s’opposer à Hitler. Mais, comme celle du poète, cette rose symbole ne connut qu’une existence éphémère car tous ses membres furent exécutés l’année suivante.
En 1963, convaincu de la fragilité du récent accord franco-allemand sur l’Europe, le général de Gaulle, connu pour son franc-parler eut ce mot « Les traités, voyez-vous, sont comme les jeunes filles et les roses, ça dure ce que ça dure » !
Enfin, lors du congrès d’Epinay en 1971, la rose connut à nouveau son heure de gloire lorsque François Mitterrand l’adopta comme symbole du Parti Socialiste.
UN FLORILEGE D’ACCEPTIONS
La reine des fleurs se devait de donner naissance à plusieurs expressions et locutions populaires.
Si on est quasiment sûr que « Découvrir le pot aux roses » est la plus ancienne, car remontant d’après les linguistes au 13e siècle, on est moins certain sur son sens. Il semblerait pourtant que la définition la plus vraisemblable, de toute façon la plus répandue, consiste à lui donner une notion d’énigme ou de mystère que l’on arrive à percer, à trouver le « fin mot de l’histoire ». Peut-être est-ce du au fait que, dans la mythologie, cette fleur représentait la discrétion depuis qu’Eros, qui avait reçu une splendide rose d’Aphrodite, l’offrit à Harpocrate dieu du silence, afin que les nombreuses aventures galantes de sa mère demeurent tenues secrètes.
D’autres acceptions apparurent, venant de « maîtres à penser convaincus » mais souvent peu crédibles ou convaincantes. C’est ainsi que pour l’un, il s’agissait du pot de fard, de couleur rose ou sentant comme la fleur, qu’une belle utilisait pour conserver une éternelle jeunesse ou « réparer des ans l’irréparable outrage » mais qu’un intime surprenait avant que les rides ne soient effacées. Pour un autre, c’était le mari d’une épouse pas trop farouche qui trouvait le billet doux qu’elle, ou son galant, avait déposé sous un pot de roses, un peu comme la clé sous le paillasson. Un autre encore, plus terre à terre, pensait à la découverte de la précieuse essence de rose que recherchaient depuis toujours mais en vain les parfumeurs. Enfin, un dernier y voyait une sorte de pierre philosophale, sortie de la cornue d’un alchimiste.
On ne manquait pas d’imagination à l’époque !
En définitive, si c’est l’acception de « dévoiler un secret » qui prévaut encore de nos jours, elle ne résulte pourtant que d’un choix arbitraire.
De toute façon, sauf à « avoir beaucoup de pot », il n’est guère pensable que l’on puisse « découvrir » un jour l’absolue vérité. Et rien ne prouve d’ailleurs, que ce nouveau sens ne serait pas « à l’eau de rose ».
Mais ceci est une autre histoire !
J. Defretin
PARTI PRIS Expression populaire 7-14
Découvrir le pot aux roses 1/1 16.04.2009








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