Ayant une certaine appréhension vis-à-vis du dernier film de Jacques Audiard, je m’étais dit que si je le trouvais vraiment pas à mon goût, je pourrais toujours ...
...raconter quelques anecdotes sur Slimane Dazi, le comédien qui interprète Lattrache et avec qui j’ai déjà eu l’occasion de travailler sur un court métrage. Mais je n’en ferais rien, puisque Un prophète, a littéralement balayé mes à-priori. Je vais donc reprendre depuis le début, considérez juste cette introduction comme un mea culpa. Malik El Djebena, jeune arabe orphelin élevé en foyer, entre en prison pour y purger une peine de 6 ans. Il va rapidement découvrir l’univers impitoyable qui se cache derrière les barreaux, et devoir s’adapter pour survivre. C’est sur ce pitch déjà vu 100 fois que commence Un prophète. Mais de cette histoire apparemment simple, Audiard va faire une grande fresque sur le milieu carcéral. Il va éviter tout les écueils classiques de ce genre de films, ne se posant jamais comme juge et traitant tout les évènements d’un point de vue unique, celui de Malik.
Le quotidien en zonzon
C’est ainsi qu’il nous fait découvrir la prison, son fonctionnement, ses codes et surtout ses dangers. Malik doit survivre, il doit s’en sortir, et le spectateur, passé la première demi heure, ne remet plus en cause ses choix, aussi durs soient-ils. C’est là une grande partie de l’efficacité du film, le travail sur le point de vue effectué par Audiard est tout simplement gigantesque. Il nous montre une réalité, une vision des choses en cherchant à être le plus réaliste et humain possible.
Jamais manichéenne, la galerie de personnages développés (et tous très bien interprétés, avec une mention spéciale pour Tahar Rahim qui interprète Malik) transpire de vie, tous capables du pire comme du meilleur. Les truands peuvent aussi être de bons pères de famille, les matons ne sont pas forcément bêtes et violents et les gros caïds ne sont pas des monstres sans scrupules.
Le scénario, très bien ficelé, va nous faire vivre l’intégralité de la détention de Malik a ses côtés, et dans sa tête. Audiard dérive ainsi dans la psyché de son personnage, jusqu’à tomber carrément dans le mystique… Un choix quelque peu difficile à comprendre, tant ces quelques effets de style sont parfois assez peu digestes et brisent le rythme du film. On a parfois l’impression qu’Audiard surligne 10 fois sa métaphore, comme si il voulait être totalement sûr d’avoir bien justifié son plan.
Un petit bémol à ce niveau là donc, mais qui ne retire rien à la puissance du film. Très bien rythmé, avec un scénario dense et des personnages très bien interprétés, Un prophète méritait déjà largement qu’on paye sa place pour le voir, tout comme il méritait sa sélection de meilleur film étranger aux Oscars, même s'il n'a pas obtenu la palme suprême.
Cyprien Dignoire*
*jeune régisseur amiénois qui sévit avec bonheur dans le milieu cinéphile et qui anime un blog cinéma très consulté (sinema.over-blog.com). Il fait ses débuts dans nos colonnes. Bienvenue Ami Cyprien





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