26 Juin 2008
propriété intellectuelle, grand collectionneur d’art africain et auteur prolifique, signe avec « Muséum Connection », son 26ème ouvrage, un véritable pavé dans la mare. Ce livre est écrit à quatre mains, (avec Jean Marie de Silguy, un pseudonyme derrière se cache un responsable « d’une grande institution muséale » au cœur du problème soulevé).Les deux auteurs écornent vraiment l’image de la France, patrie des arts et des lettres, où le patrimoine culturel serait l’objet d’un scandaleux pillage opéré, certes par des voleurs, mais aussi par certains acteurs de la filière du marché de l’art ; conservateurs, historiens, restaurateurs d’art, manutentionnaires. Un phénomène aggravé par la négligence dont souffrirait également la gestion des biens culturels nationaux, dont certains sont entassés dans les sous sols des musées sans précaution particulière et qui s'y détériorent inexorablement.
« Les prédateurs sont dans l’institution »....
C’est la Cour des Comptes, qui après avoir constaté, lors du déménagement de la BNF de la rue de Richelieu à Tolbiac, que le dernier inventaire précis et détaillé des collections publiques remontait à une soixantaine d’années, a créé, en 1996, la première commission de récolement.
Un procédé (comparaison de l’inventaire papier avec la présence physique et effective de l’œuvre dans l''endroit (musée, bureau, fondation, ambassade) où elle où elle est inscrite) qui a levé un sacré lièvre : sur un total de 180000 présences « vérifiées », 17000 pièces manquaient à l’appel !Une autre forme de démarque inconnue qui n'est rien d'autre qu'un trou d'inventaire; différence entre stock réel et stock comptable.
Ces chiffres, arrêtés à juin 2007, sont tirés du 9ème rapport (toujours secret) de la commission de récolement présidée par Jean Pierre Bady.
Les disparitions sont surtout sensibles parmi les œuvres dites en « dépôt », c'est-à-dire placées dans des palais nationaux, ministères, ambassades, et autres collectivités locales.
Même si, « quand une pièce a disparu, on ne sait jamais si c’est à la suite d’une erreur de classement ou d’un vol» prévient l’auteur. Quelquefois on assiste à "un glissement", le nouvel occupant d'un bureau ne partageant pas les goûts de son prédécesseur, il remplace l'oeuvre d'art par une autre lui convenant mieux. L'objet "délaissé" glisse dans le bureau de son secrétaire, puis vers celui du chauffeur ou d'un autre collaborateur et sort définitivement du bâtiment officiel.
- l’affaire des deux magnifiques commodes Louis XV de l’ambassade du Danemark. L’ambassadeur en place, qui confondait sans doute ses meubles personnels avec le Mobilier National, avait fait réaliser une copie de l’un des deux meubles. Le jour de son départ du pays de la petite sirène, lorsqu'il a été muté à un autre poste,ce diplomate a tout simplement emporté dans ses bagages l’original …Au mépris du caractère inaliénable des meubles, objets et œuvres prêtés.
- le cas de cet autre conservateur du département « manuscrits hébraïques » de la BNF qui a proposé quelques superbes pièces, placées sous sa responsabilité, à la vente aux enchères chez Christie’s, à New York.
- Autre affaire retentissante: cet atelier de restauration de tableaux qui revendait des Picasso sur lesquels il était censé intervenir !
Et bien d’autres affaires concernant les plus grands musées comme Beaubourg, le Louvre, le Musée d'Orsay, Guimet, le Mobilier National, Cheverny, ou le musée des Beaux-arts d’Angers, qui ont défrayé la chronique..
Décodage de la « muséum connection »
Les pillards sévissent aussi dans les châteaux, galeries et surtout dans les lieux de cultes. Plus de 200000 objets d’art sont recensés dans les églises de France, les plus pillées du monde, qui sont victimes de la convoitise des malfrats (365 vols/an en moyenne : soit un par jour!!!) Un phénomène récurrent dans la Somme, la Creuse et en Bretagne.
Les auteurs ne se contentent pas de dénoncer toutes ces exactions, ils décryptent les arcanes de ce marché parallèle qui brasse des sommes colossales. Le commerce mondial et illicite des biens culturels s’élèverait à plus de 7 milliards d’euros par an, un niveau correspondant aux chiffres générés par " le trafic de drogue, celui des armes ou de la fausse monnaie".
Pour E. Pierrat, aucun doute ; « les pillards, souvent des membres du personnel, qui sont de mèche avec le marché, peuvent les vendre à des acheteurs peu regardants et à des experts douteux ». La généralisation préconisée des récolements qui constitue une première parade reste cependant une entreprise coûteuse et de longue haleine (pour la seule BNF, le recensement des imprimés nécessiterait 80 personnes pendant cinq ans !).
Autres sujets d’étonnement, la négligence qui favorisent les desseins des personnes mal intentionnées et la gestion « discutable » de l’argent public au service de la culture et l’art qui est « gaspillé et mal géré ».
Au final, un livre à la fois plaidoyer et réquisitoire qui constitue une plongée hallucinante dans le monde, que l’on croyait feutré, des musées et des œuvres d’art.
Jicehel




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