L’itinéraire pas gâté d’une femme de taulard

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Tout commence, à la fin des années 60, dans  la banlieue parisienne,  où Martine, jeune fille à peine rebelle, refuse de suivre la voie professionnelle que sa mère rêvait de lui faire emprunter. Foin d’institutrice, elle sera coiffeuse. Elle parvient à imposer son choix à sa famille et, en mai 68,  alors qu’elle est âgée de 16 ans, elle s’inscrit finalement à l’école de coiffure  du quai de Jemmapes, au bord du canal Saint Martin à Paris. Pas (encore !) révolutionnaire dans l’âme, elle se tient à l’écart des troubles et des barricades « priant pour sa tranquillité »...
Comme l’établissement d’enseignement ne possède pas de cantine, elle prend son croque monsieur ou son hot dog quotidien dans un bistrot du quartier. C’est là qu’elle croise le regard d’un client « beau brun bronzé, de type oriental, au charme fou ». C’est le coup de foudre immédiat. Le couple finit par se rapprocher, en tout bien tout honneur ; ils ne se voient que 6 fois en 6 mois et le bel hidalgo disparaît. Martine qui n’a pas oublié son amour platonique, rentre dans le rang et mène une vie traditionnelle : mariage, naissance d’une fille, déménagement dans le sud de la France, puis divorce pour mauvais traitement.  Dix ans plus tard, elle croise par hasard sur le marché, une de ses meilleures copines d’enfance qui galère. Elle l’invite dans sa maison du Sud de la France. Cette amie va rendre visite à un de ses cousins qui est incarcéré  aux Baumettes. Le monde est décidément bien petit, puisque le parent  de cette copine se révèle être le bel hidalgo dont elle est restée sans nouvelle pendant une décennie.
Subsiste cependant un problème de taille : Philippe, son bel amour, n’est pas un enfant de chœur. Il  a plongé pour un spectaculaire hold-up (qu’il nie avoir commis), avec prise d’otages et il a pris perpète. Il faut dire que les  deux auteurs  cagoulés ont raflé les 600 millions de francs de l’époque  (en 1975) de la rançon qu’ils ont réussi a se faire remettre en échange de la libération de leurs otages, après avoir semé les policiers lancés  à leur poursuite. Aujourd’hui, en 2008, on n’a toujours pas retrouvé le moindre centime de ce butin.
 
Mariage et bébé parloir  d'amour en zonzon

Quelques échanges de lettres et visites plus tard, elle a la confirmation que son coup de foudre est décidément inoxydable et qu’il a résisté et résistera à tous les orages de la vie.
Martine et Philippe qui, ont conçu un bébé parloir d’amour, se marieront  en « zonzon », avec l’abbé Pierre pour témoin..
Le couple n’acceptera jamais la rigueur de ce premier verdict :   perpétuité, c'est-à-dire « la guillotine sèche », alors qu’il ni a eu ni crime ni viol !!
En 1990, Philippe bénéficiera d’une liberté conditionnelle, dans la région parisienne et en Corse. Moments de liberté rapidement interrompus  par une nouvelle arrestation. Les policiers le soupçonnent d’avoir participé à un braquage qui a mal tourné. Il sera blanchi pour cette affaire mais impliqué dans une affaire de fausses cartes bleues. Retour à la case prison. Deux évasions réussies et une cavale aux Pays Bas, avant d’être repris à chaque fois et de se retrouver mêlé à une nouvelle affaire de fausse monnaie.  Des incartades qui augmentent à chaque fois la peine d’emprisonnement à effectuer.
L’épouse  toujours fidèle qui est devenue une active militante de la cause des prisonniers et animatrice d’une émission de radio consacrée aux détenus, nous compte l’itinéraire pas gâté d’une femme de taulard, pas n’importe lequel, puisqu’au total, son homme  dépasse les 33 ans de détention. Au fil des pages, on la suit pas à pas dans l’univers carcéral, qu’elle détaille sans concession, nous faisant partager ses rares moments de bonheur et ses longues périodes de doute, voire de désespoir. Pendant ces 30 ans, elle a, pour rencontrer celui qui reste l’amour de sa vie, fréquenté la plupart des prisons françaises ce qui lui permet d’en dresser un étonnant comparatif. Elle nous raconte, sans  jamais rien occulter, mais toujours avec pudeur, son quotidien singulier et sa vie de "couple"atypique.
                                                                          Jicehel


 Condamnée à perpétuité de Martine Sauvadet –El Shennawy Editions Michalon
Prix de vente : 17 euros

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