Li Cunxin, le sixième d'une  pauvre famille paysanne (un réel pléonasme surtout au début des années 60 en Chine),  de sept enfants,  a connu une destinée extraordinaire.  Promis à la même existence misérable que celle de ses parents qui luttent désespérément pour assurer la maigre pitance quotidienne de la famille, à 11 ans, il sera choisi par les émissaires de l’épouse du Président Mao Tsé Toung, pour rejoindre  l’école de danse de Pékin. Une aubaine pour Cunxin qui avait pu, par le biais du cinéma itinérant, admirer et envier les artistes de l’opéra de la capitale chinoise.
A partir de cet instant, son existence modèle de petit paysan et de jeune garde rouge, embrigadée par la pensée du » grand Timonier » sera bouleversée.


« Un bol de riz en fer »

Pour ses parents, qu’il se promet d’aider dès qu’il aura « réussi », la carrière qui s’offre à lui ; c’est un « bol de riz en fer », c'est-à-dire la double assurance « d’un bon emploi et d’avoir de quoi manger à sa faim toute sa vie » !
Il débarque à Pékin, la ville «du grand timonier », que la propagande a complètement déifié. 15 millions d’habitants qui fourmillent et s’agitent dans tous les sens.. Quel dépaysement pour ce jeune provincial habitué à ne croiser, chaque jour, que quelques dizaines de personnes (toujours les mêmes). A l’université des arts qui l’accueillera pendant ses 6 années de formation, les étonnements sont nombreux : l’eau arrive par des tuyaux ; plus besoin d’aller la tirer au puits et les douches, évènements rarissimes au village, sont monnaie courante. Des éléments de confort qui adoucissent quelque peu la rigueur  et l’implacable discipline de la danse sans oublier les thèses de la révolution culturelle (que l’on doit toujours avoir à portée de main, via le « Petit Livre Rouge »). Désireux de réussir,  Cunxin, qui adhère aux jeunesses communistes chinoises, s’impose des exercices supplémentaires pour réussir les pas de danses les plus compliqués figurant au programme de son école. A deux reprises, il doit se livrer à des autocritiques sur sa conduite mais suit de bonne grâce les séances d’apprentissage dans les 3 classes de la société maoïste qui impose des stages réguliers chez les paysans, les ouvriers et les soldats.

Une nouvelle vie à l’Ouest

Tous ses efforts sont finalement récompensés et il devient  un des danseurs étoile de l’opéra de Pékin. Un statut qui lui permet d’être retenu pour effectuer un stage de deux mois aux USA pour faire rayonner dans le monde « la magnificence de la révolution chinoise ».
Il découvre alors de ses propres yeux que l’Amérique  n’est pas cette zone « capitaliste pourrie », sombre et décadente, cette nation la plus pauvre du monde, que la propagande chinoise n’arrêtait pas de véhiculer. « L’american way of life » et la liberté qu’il a pu constater font vaciller les convictions qu’on lui a inculquées depuis sa plus tendre enfance. Un an plus tard, lors d’un second voyage aux States, Cunxin, qui se marie à la hâte, refuse de rentrer au pays, et pour lui commence une nouvelle vie…
En bref, un livre extraordinaire, qui a déjà séduit plus d’un demi million de lecteurs de par le monde, et qui constitue un superbe témoignage sur les conditions de vie quotidienne dans la Chine de Mao. A lire absolument
                                                                            Jicehel
Le dernier danseur de Mao de Li Cunxin, traduit par Isabelle St Martin –Editions First - 21,90 euros

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