Comme chaque année, au retour des  beaux jours, les automobilistes qui empruntent la route Amiens – Picquigny, croisent, sur le trottoir et dans les champs environnant Ailly sur Somme. un singulier équipage.
Chaque jour, lorsque le temps le permet, José fait prendre l’air, en dehors de leur enclos, à  des animaux de compagnie originaux : ses volailles (quelques poules et des oies). Ses « petites » comme  ils les appellent sont âgées de 4 à 6 mois pour les plus jeunes et de 5 à 6 ans pour les « grandes ».


Dès leur naissance, il leur enseigne l’obéissance. « Toi, je t’ai dit de faire attention aux voitures, tu vas te faire écraser » lance t-il à une petite poule rousse qui se  précipite sur le visiteur.
Une remarque suivie immédiatement d’effet puisque « la glenne » vient se placer sur   les talons de l’ami José et n’en bougera plus tout le temps de la promenade.
José appelle alors ses oies qui lui répondent bruyamment avant de le rejoindre sur le trottoir
Quelques criaillements, canardements et autrescacardements plus tard, la petite troupe se met en marche pour unepromenade  d’un bon kilomètre dans les rues du chef-lieu de canton. Elle ne passe pas inaperçue, les automobilistesfreinent, mais  aucun  membre de cette basse cour baladeuse ne met unepatte sur la route.  Certains s’arrêtent et, après avoir été rassurés,taillent volontiers une petite « bavette » avec cet original meneurd’oies toujours prêt à conter par le menu son original mode de vie.
 
Un meneur d'oies, sculpteur sur bois aux multiples sources d'inspiration
 
José Leitao, déjà 70 ans, « c’est fou comme ça passe vite » est venu s’installer en face de l’ancienne usine textile qui l’a employer dès son arrivée en France,  située sur le trottoir face à sa maison. ; un établissement qu’il a rejoint, après quitté le bar épicerie plus assez rentable qu’il exploitait dans les environs de Porto.
La déconfiture économique du secteur de l’habillement a avancé de quelques années sa cessation d’activité.
Même si José était un bricoleur avisé, il ne tarde pas à tourner en rond dans son petit atelier. Un jour, heureux hasard, un voisin qui le voyait  déprimer lui demande de lui fabriquer, à partir des grosses bûches de son bois de chauffage, une quille. « Je ne savais même pas che que ch’était » rigole José avec son inimitable accent.
Il s’acquitte finalement avec succès  de cette première commande. Cela lui a donné des idées. Il devient sculpteur sur bois.
Ses sources d’inspiration sont multiples : Néfertiti, les égyptiennes, Toutankhamon, Jeanne d’Arc, la Joconde,  quelques sirènes et sa préférée, Marianne  « qu’elle est belle, le maire voulait  la prendre pour la mettre dans la mairie, mais elle est toujours là » regrette José qui comme tout bon lusitanien qui se respecte est un aficionado du football. Il a sculpté dans ses bûches, les principaux trophées du ballon rond : les coupes du Monde, d’Europe et de France. Autres sujets abordés les icônes religieuses.
Il sauve des flammes de sa cheminée des grosses bûches qu’il dégrossit à la tronçonneuse avant de  les peaufiner au ciseau à bois, puis de les peindre avec des couleurs vives.
 
Des oeuvres qui ne sont pas à vendre

Il ne travaille pas à partir de photos et nous met au défi de trouver deux statues identiques. « Il faut que ça sorte de ma tête, et après mes mains ont compris ce que je veux faire, ça va », détaille notre artiste régional.  Aujourd’hui, l’appentis de José abrite « bien 300 œuvres différentes ».
Depuis quelques mois  sa production s’est notablement ralentie ; la grave maladie dont souffre sa femme le préoccupe.
« Les gens qui me connaissent me demandent de continuer, en disant que je si je ne suis pas riche, c’est parce que je ne le veux pas. Selon eux, je devrais vendre mes réalisations ! Je ne fais pas cela pour gagner de l’argent ».
Il n’a dérogé qu’une fois à cette ligne de conduite ; c’était il y a 16 ans, en cédant finalement à un touriste allemand qui, après l’avoir photographié sous tous les angles, est parvenu lui acheter une de ses œuvres « comme souvenir ». Inutile d’insister ; il n’est pas prêt à récidiver.
« Du moment que j’ai de quoi payer le boulanger, tout va bien", lâche ce personnage original qui fait signer ses nombreux visiteurs sur un  livre d’or en bois verni.
Il entend léguer à la commune l’ensemble de sa production.
Pas question de quitter l’ami José sans trinquer avec un Porto de derrière les fagots ; Avec modération bien sûr !!
                                                         Jicehel

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